Dividendes : une rente qui appauvrit l’action ou un moteur de performance

le grand débat sur les dividendes Le versement d’un dividende fait-il mécaniquement baisser le cours d’une action ? Cette question divise les investisseurs depuis des décennies. D’un côté, la théorie de l’irrévélance des dividendes (Miller & Modigliani, 1961) affirme que le versement d’un dividende ne change pas la valeur intrinsèque de l’entreprise : la baisse du cours le jour du détachement serait simplement la contrepartie du cash distribué. De l’autre, les partisans de la théorie du signal estiment que les dividendes envoient un message fort sur la santé financière de l’entreprise, et que leur croissance régulière peut soutenir, voire augmenter, la valorisation à long terme. En pratique, l’observation des Dividend Kings – ces entreprises qui augmentent leurs dividendes depuis plus de 50 ans – apporte un éclairage précieux. Non seulement elles offrent une rente croissante, mais elles ont aussi historiquement surperformé l’inflation et généré des plus-values significatives pour leurs actionnaires.

financerai.fr

1/3/20265 min read

1. Dividende et valorisation : théorie vs réalité

a) L’effet mécanique du détachement

Le jour du détachement du dividende, le cours de l’action baisse généralement du montant du dividende versé.

Cela s’explique par le fait que l’entreprise distribue une partie de sa trésorerie aux actionnaires, réduisant d’autant ses actifs.

Cependant, cette baisse est souvent temporaire et ne reflète pas une perte de valeur pour l’actionnaire, qui reçoit en contrepartie un flux de trésorerie.

b) Le signal de santé financière

Les entreprises capables d’augmenter leurs dividendes année après année, comme les Dividend Kings, envoient un signal de stabilité et de confiance dans leurs perspectives.

Les études montrent que les marchés réagissent positivement aux annonces d’augmentation de dividendes, surtout lorsque cette croissance est supérieure à l’inflation.

c) Le Dividend Discount Model (DDM)

Ce modèle théorique valorise une action en actualisant la somme de ses futurs dividendes.

Il montre que, si les dividendes croissent à un rythme constant et supérieur au coût du capital, la valeur de l’action peut augmenter, même après versement des dividendes.

2. Les Dividend Kings : une rente croissante et une protection contre l’inflation

a) Qui sont les Dividend Kings ?

Ces entreprises, comme Johnson & Johnson, Procter & Gamble ou Altria, ont augmenté leurs dividendes chaque année depuis au moins 50 ans.

Leur capacité à maintenir cette croissance, même en période de crise, en fait des valeurs refuges pour les investisseurs en quête de revenu régulier.

b) Performance sur 10 ans : dividendes et plus-values

Sur la dernière décennie, le top 10 des Dividend Kings a non seulement versé des dividendes en croissance annuelle moyenne supérieure à l’inflation (souvent entre 5% et 10% par an), mais a aussi offert une appréciation du capital.

Par exemple, des sociétés comme Walmart ou PepsiCo ont combiné hausse des dividendes et progression de leur cours, générant un rendement total (dividendes + plus-values) bien supérieur à l’indice S&P 500 sur certaines périodes.

Exemple : Altria (8,18% de rendement) ou Universal (6,47%) ont affiché des croissances de dividendes bien au-delà de l’inflation, tout en voyant leur cours progresser.

c) Résilience en période de turbulence

Même lors des corrections boursières, les Dividend Kings ont souvent mieux résisté que le marché, grâce à leur modèle économique stable et à leur politique de distribution disciplinée.

3. Comment se constituer une rente trimestrielle avec les Dividend Kings ?

a) Stratégie de diversification

Investir dans un panier de Dividend Kings issus de secteurs variés (consommation de base, santé, utilities) permet de lisser les risques et de bénéficier de versements réguliers tout au long de l’année.

b) Réinvestissement des dividendes

Le réinvestissement automatique des dividendes (DRIP) amplifie l’effet de composition : les dividendes perçus achètent de nouvelles actions, qui à leur tour génèrent des dividendes, accélérant la croissance du portefeuille.

c) Exemple concret

Un portefeuille équilibré de 10 Dividend Kings, reconstitué chaque année, aurait offert un rendement annualisé supérieur à 8% sur 10 ans, dividendes réinvestis, tout en protégeant contre l’érosion monétaire.

4. Dividendes vs croissance : faut-il choisir ?

a) Le mythe de l’appauvrissement

Certains craignent que le versement de dividendes ne prive l’entreprise de fonds pour investir et croître.

Pourtant, les Dividend Kings prouvent qu’il est possible de concilier les deux : leur croissance organique et leurs rachats d’actions complètent souvent leur politique de dividende.

b) L’avantage fiscal et psychologique

Les dividendes offrent une visibilité sur le revenu, appréciable pour les retraités ou les investisseurs passifs.

De plus, dans de nombreux pays, leur fiscalité est avantageuse par rapport aux plus-values.

Conclusion : les dividendes, un pilier du patrimoine

Le débat théorique sur l’impact des dividendes sur le cours de l’action ne doit pas occulter leur rôle concret dans la constitution d’un patrimoine.

Les Dividend Kings démontrent qu’une stratégie axée sur les dividendes croissants permet de :

  • Bénéficier d’une rente trimestrielle en hausse,

  • Battre l’inflation,

  • Profiter d’une appréciation du capital à long terme.

En somme, loin d’appauvrir l’actionnaire, une politique de dividende bien menée enrichit son patrimoine, à condition de choisir des entreprises solides et disciplinées.

Il n’existe pas, à ce jour, d’ETF dédié exclusivement aux Dividend Kings (entreprises ayant augmenté leurs dividendes depuis plus de 50 ans).

Cependant, plusieurs ETF permettent d’investir dans des actions à dividendes croissants, incluant souvent des Dividend Kings ou des Dividend Aristocrats (50 ans d’augmentation de dividendes, mais membres du S&P 500).

Voici les options les plus réputées, en distinguant ceux qui distribuent les dividendes de ceux qui les capitalisent :

1. ETF distribuants (versement de dividendes)

Ces ETF versent périodiquement les dividendes perçus aux investisseurs, idéaux pour ceux qui recherchent un revenu régulier :

  • ProShares S&P 500 Dividend Aristocrats ETF (NOBL)

    • Indice suivi : S&P 500 Dividend Aristocrats (entreprises ayant augmenté leurs dividendes depuis au moins 25 ans, dont plusieurs Dividend Kings).

    • Fréquence de distribution : Trimestrielle.

    • Rendement : Environ 2-3% en 2026.

    • Frais : 0,35%.

    • Éligibilité : Disponible en version UCITS pour les investisseurs européens (NOBL sur les marchés américains, ou son équivalent européen).

    • Avantage : Sélection stricte, faible turnover, exposition à des entreprises stables et matures.

  • iShares STOXX Global Select Dividend 100 UCITS ETF (EXH1)

    • Indice suivi : STOXX Global Select Dividend 100 (inclut des entreprises mondiales à haut rendement et croissance de dividendes).

    • Fréquence de distribution : Trimestrielle.

    • Rendement : Environ 4-5%.

    • Frais : 0,46%.

    • Éligibilité : UCITS, éligible PEA (vérifier l’ISIN exact pour le PEA).

  • Vanguard FTSE All-World High Dividend Yield UCITS ETF (VHYD)

    • Indice suivi : FTSE All-World High Dividend Yield (inclut des actions à dividendes élevés, dont certaines Dividend Kings).

    • Fréquence de distribution : Trimestrielle.

    • Rendement : Environ 3-4%.

    • Frais : 0,29%.

    • Éligibilité : UCITS, éligible PEA.

2. ETF capitalisants (réinvestissement automatique des dividendes)

Ces ETF réinvestissent automatiquement les dividendes, adaptés aux investisseurs cherchant une croissance à long terme sans gestion active des flux :

  • iShares STOXX Global Select Dividend 100 UCITS ETF (Acc) (EXH1 Acc)

    • Version capitalisante de l’ETF EXH1.

    • Frais : 0,46%.

    • Avantage : Pas de fiscalité sur les dividendes tant qu’ils ne sont pas vendus (intéressant pour les comptes non imposables comme le PEA après 5 ans).

  • Vanguard FTSE All-World High Dividend Yield UCITS ETF (Acc) (VHYD Acc)

    • Version capitalisante de VHYD.

    • Frais : 0,29%.

    • Avantage : Réinvestissement automatique, idéal pour un horizon long terme.

  • Amundi MSCI World High Dividend UCITS ETF (C)

    • Indice suivi : MSCI World High Dividend Yield.

    • Fréquence : Capitalisation.

    • Frais : 0,38%.

    • Éligibilité : UCITS, éligible PEA.

3. Autres options proches des Dividend Kings

  • SPDR S&P Global Dividend Aristocrats UCITS ETF (GBDV)

    • Indice suivi : S&P Global Dividend Aristocrats (entreprises ayant augmenté leurs dividendes depuis au moins 10 ans, dont des Dividend Kings).

    • Fréquence de distribution : Trimestrielle.

    • Rendement : Environ 3-4%.

    • Frais : 0,45%.

    • Éligibilité : UCITS, éligible PEA.

Points clés à retenir :

  • Aucun ETF ne cible uniquement les Dividend Kings, mais les ETF "Dividend Aristocrats" ou "High Dividend Yield" incluent souvent plusieurs d’entre eux.

  • Choix entre distribution et capitalisation : Les ETF distribuants conviennent aux investisseurs cherchant un revenu immédiat, tandis que les capitalisants sont optimaux pour une croissance à long terme, surtout dans un PEA (fiscalité avantageuse après 5 ans).

  • Fiscalité : En France, les dividendes perçus via un ETF distribuant sont soumis à 30% de PFU (12,8% IR + 17,2% prélèvements sociaux), sauf dans un PEA après 5 ans (seuls les prélèvements sociaux s’appliquent).